et exercice prospectif est périlleux, car – de cela on est sûr – l’histoire continuera de nous réserver des surprises. Plus que jamais, le monde horloger se réfère à des modèles dont on était loin d’imaginer l’impact futur à leur lancement ni la cote qu’ils atteindraient, associée à une signification historique qui se révélera plus tard (Phillips vient de battre un record sur une seule vente aux enchères horlogère, en mai 2026, dont plusieurs montres de poche de haut vol).
L’an prochain, pour notre centenaire, nous mettrons justement en avant dans une grande exposition ces moments décisifs, ces innovations, ces points de bascule qui ont fait entrer l’horlogerie dans une autre dimension – et que nous avons eu la chance de couvrir en «direct» pendant un siècle. Se plonger dans les éditions d’Europa Star sur un siècle va en réalité au-delà du regard patrimonial: c’est avant tout un grand exercice de rétrofuturisme, car on voit très précisément comment les modèles étaient envisagés à leurs tout débuts.
Nous avons ainsi eu l’honneur d’être le premier média à couvrir le lancement de la Royal Oak en 1972, comme en attestent les «AP Chronicles». Il faut dire que Gilbert Maillard, qui dirigeait alors Europa Star, participait à ce moment directement à la conception des campagnes publicitaires d’Audemars Piguet. Dix ans, plus tard, dès son «soft launch» sur le marché américain, la Swatch était elle aussi couverte en primeur dans notre titre. Là encore, un moment décisif pour l’horlogerie, l’histoire se chargera de le confirmer.
Alors, quand ces deux modèles, qui ont pu choquer les âmes sensibles à leurs débuts, se rejoignent aujourd’hui dans une collision inédite et inattendue, celle-ci conserve son pouvoir de choc. Fera-t-elle date? Popularisera-t-elle de nouveaux portés au-delà de la montre-bracelet? Ce décloisonnement entre horlogerie démocratique et «haute» horlogeriec sera à n’en pas douter étudié pendant longtemps dans les écoles de business… et peut-être les livres d’histoire.


